Pourquoi sommes-nous toujours Erdal Eren et pourquoi devons nous renforcer son combat ?

Erdal Eren le 14/02/1980

erdalokIl y a très exactement 35 ans, un jeune révolutionnaire était pendu par la junte militaire turque le 13 décembre 1980. Erdal Eren n’avait alors que 17 ans. Kenan Evren, chef de l’Etat fasciste de l’époque commentait alors : « devrions-nous le nourrir au lieu de le pendre ? ».

Pendu après que son âge a été remonté à l’âge adulte par la justice (parce que la condamnation à mort des mineurs était impossible et pour le motif sordide que : « au regard de sa physionomie on peut en déduire qu’il est adulte ») Erdal Eren a été accusé à tort d’avoir commis l’assassinat d’un soldat, crime qu’il n’a pas commis, et après un procès mené à la vitesse de la lumière, a été condamné à mort et incarcéré dans la prison militaire de Mamak le 19 mars 1980. Les responsables quant à eux savaient très bien qu’Erdal Eren n’avait pas commis l’assassinat revendiqué du jeune soldat Zekeriya Önge. Mais le problème était bien plus profond.

Dans le contexte politique difficile pour les travailleurs, les jeunes et les militants ; les étudiants faisaient d’importants rassemblements contre les mesures de plus en plus sévères imposées par la loi martiale ainsi que pour une éducation gratuite et ouverte à tous. Malgré l’interdiction, les murs des rues et des avenues étaient constamment remplie d’affiches et d’écritures. C’est dans ce contexte, qu’un jeune étudiant d’ODTU (Université technique du Moyen-Orient à Ankara) Sinan Süner a été assassiné par un militant fasciste du MHP. Et c’est lors de la manifestation organisée le lendemain pour protester la mort de leur jeune camarade assassiné, qu’Erdal Eren s’est fait arrêter.

Plus que des assassins, la junte militaire fasciste qui a instauré la loi martiale a détruit les organisations de travailleurs et a ouvert la voie à toute forme d’exploitation et à la privation des droits civiques. Des milliers de jeunes ont été torturés et assassinés dans les prisons. Erdal Eren était un adolescent, un étudiant qui était actif politiquement et à la pointe de la lutte des travailleurs. Il a mené sa lutte pour un monde sans exploitation et pour la libération de la classe ouvrière.

Deniz, Erdal, Alexis, Bouazizi, Ugur Kaymaz, Berkin, Michael Brown, Zyed et Bouna…

Nous pourrions citer beaucoup d’autres noms. On se souvient encore de Mohamed Bouazizi, jeune diplômé tunisien qui s’est immolé par désespoir et qui a allumé le feu de la résistance des peuples arabes. En Grèce c’était Alexis, en Turquie c’était Berkin, au Kurdistan Ugur Kaymaz et Ceylan Önkol, aux Etats-Unis c’était Michael Brown, enfant d’une famille de classe populaire, en France c’était les jeunes Zyed et Bouna mort il y a tout juste 10 ans… Ces jeunes n’ont pas été tués parce qu’ils avaient commis une infraction. Ils ont été les victimes du système dominant. Similaire à Ethem, Ali Ismail, Abdocan, Mehmet, Ahmet…qui sont morts pour avoir lutté contre l’oppression lors des évènements de Gezi. Il y’a beaucoup de caractéristiques similaires dans la mort de ces jeunes, et la plus frappante est que peu importe l’endroit où ces jeunes ont été tués ou leur couleur de peau différente, leur nation ou leur langue ; leurs assassins sont les mêmes. C’est ce même assassin qui supprime les peuples, exploite et tue les travailleurs.

Erdal compte parmi les victimes de ces assassins. Mais son rôle, son importance c’est d’avoir lié sa résistance à la lutte de la classe ouvrière et de s’être organisé dans le parti de la classe ouvrière. Car il était convaincu que seule la lutte des travailleurs contre l’oppression et l’exploitation pourrait abolir ce système.

Erdal Eren et l’internationalisme

Dès que le tribunal a rendu son jugement de peine capitale et a prononcé la pendaison, a immédiatement commencé en Turquie et dans le monde entier des campagnes nationales et internationales pour l’annulation de cette décision injuste. Beaucoup de forces progressistes en Europe, en France, en Allemagne, au Danemark, et dans de nombreux pays d’Amérique Latine ont menés des campagnes de signatures et des manifestations pour empêcher l’exécution d’Erdal Eren. Bien que l’exécution du jugement n’ait pas été empêchée, la solidarité internationale de cette époque reste exemplaire.

Marx et Engels écrivaient dans le Manifeste communiste « L’histoire de toutes les sociétés est l’histoire de luttes de classes ». Dans tous les pays du monde des travailleurs meurent, que ce soit dans les mines profondes, ou dans la construction d’immeubles. Beaucoup de travailleurs continuent de vivre avec des maladies chroniques, et d’innombrables accidents du travail ont lieu chaque jour.

Partout, les pays impérialistes continuent de mener leur division du monde pour s’accaparer les ressources mondiales. Les guerres en Afrique ou dans le Moyen-Orient sont les derniers exemples de cette lutte. Les impérialistes pourront tant bien que mal essayer d’écrire leur propre histoire, il y’a des peuples en lutte qui écrivent eux aussi l’histoire, et l’on se souvient de l’exemplaire lutte de Kobane.

Erdal Eren garde une place primordiale dans l’histoire de ceux qui ont résisté, et 35 ans après sa mort, il continue de vivre dans la résistance d’aujourd’hui. A Gezi, à Kobane, en Tunisie, à Paris, il vit dans la résistance des peuples du monde.

Erdal Eren vit dans l’espoir d’un monde sans guerre et sans exploitation. Il vit dans notre lutte pour le travail, l’éducation et un avenir meilleur.