Soma, un crime pas un accident

Soma

Le responsable des massacres dans les mines de Soma (Turquie) est le gouvernement de AKP et le patronat

A la suite d’une explosion réalisée à 400 mètres sous le sol dans une mine de charbon exploitée par l’entreprise anonyme Soma kömürleri A.S. il y a eu des centaines de morts. Selon le dernier communiqué officiel à mi-journée il y aurait 232 morts, plus de 80 blessés graves, mais il reste encore environ 200 mineurs sous le sol près de 24 heures après l’explosion. Nous craignons hélas que le nombre de décès s’accroisse encore.

Les larmes de crocodile du gouvernement

Le gouvernement vient de décréter 3 jours de deuil national. Le premier ministre et le Président de la République ont annulé leurs rendez-vous et de nombreux ministres se sont rendus dans cette ville où il y a eu ces massacres irrémissibles. Mais rien de tout cela ne peut les disculper, car ils portent la responsabilité première et doivent rendre des comptes devant le peuple.

En effet, nous n’avons pas oublié que le premier ministre avait affirmé publiquement lors des précédents « accidents » provoquant la mort de plusieurs mineurs que « la mort fait partie du destin du mineur ». C’est ainsi qu’il exprimait la valeur qu’il accorde à la vie des ouvriers, mais en même temps il avoue tacitement son incapacité à protéger les ouvriers qui travaillent dans les emplois les plus pénibles et dangereux. Mais ce n’est pas tout, il y a à peine 20 jours, les députés de trois autres formations parlementaires (CHP, MHP et BDP) avaient proposé la création d’une « commission parlementaire » pour enquêter sur les accidents des mines si récurrents dans ce pays. Or, le gouvernement et les parlementaires de AKP ont refusé cette proposition, pourtant si légitime. Le député de HDP, Levent Tüzel avait proposé des questions sur ces sujets aux ministres concernés, mais ces derniers avaient affirmé simplement que les mines faisaient l’objet des contrôles réguliers. Cette mine avait justement été contrôlée en janvier. Dans un pays où le gouvernement et les ministres de la majorité sont si empêtrés dans les affaires de corruptions, voici le résultat de ces contrôles…. près de 250 morts.

Ces massacres sont le résultat des politiques de privatisation et du néolibéralisme

Cette mine de Soma avait été privatisée il y a quelque temps et son inauguration avait même été réalisée par le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles et le ministre du Travail et des Sécurités sociales Taner Yildiz. Ce dernier dans son discours avait affirmé sans aucune vergogne que cette mine est « la mine la plus sécurisée de l’Europe ». Voici le résultat de cette sécurité…

Le propriétaire de la mine avait déclaré fièrement il y a quelques mois que les frais de la production avaient chuté de 60 % et que cette baisse allait répercuter sur les prix du charbon. En effet, le travail ne « coutait » pas autant à ce patron, car il avait licencié de dizaines d’ouvriers, notamment les plus âgés, c’est-à-dire les plus expérimentés, les nouveaux recrutés étaient non seulement moins bien payés, mais aussi moins expérimentés, et avait recours massivement à la sous-traitance. Ces ouvriers ne pouvaient se syndiquer au risque de se faire licencier immédiatement, profiter d’un minimum de sécurité et des droits les plus élémentaires des travailleurs. Précisons qu’un des ouvriers tués, brulés vifs, n’avait que… 15 ans.

Si les frais de la production ont chuté de 60 %, c’est aussi parce que le patron avait choisi de ne pas investir pour garantir un minimum de sécurité. Telle est la logique de la recherche permanente du profit maximum. On baisse toutes les dépenses, les salaires des ouvriers afin de garantir le profit maximum. C’est ainsi que ces massacres se préparaient peu à peu depuis plusieurs mois.

Protestons le gouvernement de AKP

Nous appelons tous les démocrates, toutes les personnes qui luttent pour un monde meilleur, toutes les organisations qui luttent pour le droit et les libertés des travailleurs et des salariés à exprimer leurs indignations et leurs colères contre ce gouvernement réactionnaire, pour qui la vie des travailleurs n’a aucune valeur. Mais il convient également de dénoncer les politiques néolibérales qui ne visent qu’à accroitre les profits du patronat.

Fait à Paris, le 14 mai 2014

Fédération des Associations des Travailleurs et des Jeunes

DIDF / DIDF-Jeunes