Mort suspecte d’un jeune communiste kurde

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C’est tard dans la soirée que la famille Aksu a appris la mort de leurs fils Mazlum qui exercé son service militaire à Elazig. Les circonstances de la mort de Mazlum Aksu, jeune kurde de 20 ans, sont encore floues. Selon la version officielle donnée par l’armée, Mazlum Aksu souffrait de troubles psychologiques depuis 2-3 jours et s’est suicidé avec une arme de type HK G3, jeudi 21 février. Cette mort à cinq mois de la fin de son service militaire soulève quelques interrogations et provoque un vague d’étonnement dans l’entourage de Mazlum. Car son frère Mecnun et son père Mehmet, lui avaient parlé quelques jours avant et rien d’anormal n’avait été constaté.

La thèse du suicide très controversée

La thèse du suicide présentée par les autorités militaires paraît très peu probable. Selon la version officielle, Mazlum Aksu souffrait de troubles psychologiques depuis 2-3 jours et s’est suicidé avec une arme de type HK G3. La famille Aksu s’interroge sur le fait que leur fils ait utilisé l’arme de la main gauche alors qu’il est droitier. La famille de la victime ne croit pas à la piste du suicide d’autant plus qu’un jour avant ils avaient téléphoné avec leur fils et rien d’anormal n’avait été signalé. De plus l’arme en question, le HK G3, est un fusil d’assaut de plus de 6 kilogrammes et qui a une longueur de plus d’1 mètre (voir photo). Comment Mazlum aurait-il pu

tenir cette arme uniquement de sa main gauche alors même qu’il est droitier ?  Physiquement cela semble impossible.

Son amie d’enfance, Damla Uludağ, raconte que pendant les permissions Mazlum lui racontait que ses commandants lui mettaient la pression à cause de ses engagements politiques, mais aussi de son origine kurde. Plusieurs fois ses supérieurs lui auraient demandé s’il était membre d’une organisation de gauche. Le père de Mazlum interroge les autorités « S’il avait des troubles psychologiques depuis 2-3 jours, pourquoi ne l’ont-ils pas présenté à un médecin ? » La famille, et les amis de Mazlum racontent qu’il recevait aussi des menaces de la part d’autres soldats de son régiment (25 personnes) car il parlait kurde au téléphone avec sa famille. Mazlum rapportait à sa famille qu’il avait été victime d’intimidation de la part d’autre soldat qui lui disait « Tous les Kurdes vous êtes pareils. Il faut tous vous tuer » ou « Toi aussi tu es du PKK »

La première réaction politique est venue de son parti politique, EMEP, via Tarık Erkan (membre de la direction nationale), « La mort de Mazlum est en train d’être banalisée […] Les justifications ne tiennent pas la route. […] Mazlum a été tué parce qu’il était un responsable d’EMEP et parce qu’il était kurde. »

Tolga İslam représentant de l’Initiative des Droits des Soldats (Asker Hakları İnisiyatifi) affirme que la nature de la mort de Mazlum n’enlève en rien la responsabilité des autorités militaires dans cette affaire. Le taux de suicide chez les jeunes âgés de 20-25 ans et exerçant leur service militaire est 2.5 fois plus élevé que les jeunes du même âge n’exerçant pas leur service militaire. En 2012, sur les 42 morts qui ont eu lieu dans les casernes turques 39 personnes étaient d’origines kurdes, et 1 d’origine arménienne. Cette surreprésentation des minorités est symptomatique de l’ambiance nationaliste et assimilationniste régnant au sein de l’institution militaire en Turquie.

Les morts suspectes et les suicides représentent une part très importante dans la mort des militaires. En effet, depuis plus de 10 ans, 934 morts ont été relevés au sein des casernes en Turquie, contre 818 soldats morts dans l’exercice de leurs fonctions.

Actuellement, le service militaire en Turquie est obligatoire pour les hommes majeurs. Sont exemptés de service militaire les citoyens pouvant régler la somme de 10 000 €.

Anil Ciftci